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Publié par ACCID

Le 18 septembre 2010, M. Bruno SOURD, chef de projet de l'entreprise Villers Services, déclarait dans le journal Midi-Libre, en parlant de l'Ecopôle de La Vallasse à Montblanc (34), que ce serait : « Une belle vitrine technologique, une première au niveau national. Nous nous sommes inspirés de ce qui se faisait de mieux en Italie et en Allemagne, et on a retenu le meilleur, sans aucun impact sur l'environnement, à commencer par la nappe astienne.  »

Nous n'aimerions pas contredire M. Sourd, mais il nous apparait important de préciser et rectifier certains points. Surtout que, dans peu de temps, l'entreprise Villers Services va nous "resservir" un projet quasi-identique à Robécourt sur le site de La Fennecière.

Il ne faudrait pas que M. Sourd prenne ses désirs pour des réalités. Le projet de l'Ecopôle de La Vallasse, s'il a bien obtenu le feu préfectoral, n'a pas encore dépassé le stade du permis de construire. Alors, pour pouvoir parler de "belle vitrine technologique", il faudra quand même qu'il attende d'avoir construit son "usine", de l'avoir mis en service et d'avoir les premiers retours d'expérience sur son fonctionnement "sans impact sur l'environnement". D'ailleurs, à Montblanc, l'entreprise Villers Services n'a pas l'air trop pressée de se mettre au travail. C'est effectivement plus facile de montrer des "belles vitrines" sur plans que de les construire et de les faire fonctionner par la suite. Surtout quand, contrairement à son habitude, l'entreprise Villers Services s'est engagée à faire le travail elle-même et non à revendre l'autorisation d'exploiter.

Deuxième point, M. Sourd se vante d'avoir copié ce qui se faisait de mieux "écologiquement", et, pour ce faire, de s'être grandement inspiré de ce qui se fait en Allemagne. Ce serait une première en France (une méthanisation d'OM après un traitement TMB). Pour un expert du monde des déchets, M. Sourd n'a pas l'air très au courant de ce qui se fait en France.

Très récemment (le 22 juin 2010), une commission parlementaire (Mission commune d'Information sur les déchets n° 571 2009-2010, dirigée par M. Daniel SOULAGE, lien sur le site du sénat) a fait le point sur le traitement des OM en France. Si certains points de ce rapport peuvent prêter à discussion (notamment,  les chapitres sur la réhabilitation de l'incinération, les collectes sélectives et la tarification incitative), ce rapport a le mérite de faire un point complet sur les différentes filières de traitement des Ordures Ménagères.
L'étude des parties "Méthanisation" et "TMB" du rapport va faire l'objet d'une série de plusieurs articles.

Nous  y voyons que, contrairement à ce qu'affirme M. Sourd, la méthanisation d'OM n'a rien de novateur en France (la fameuse usine Ametyst de Montpellier en est le plus bel exemple). C'est l'usine d'Amiens, dont la mise au point s'est avérée très difficile, qui fut une première  mondiale en ce qui concerne la méthanisation des OM en 1990.

En France, il n' y a actuellement que 7 unités de méthanisation d'ordures ménagères (OM). 3 fonctionnent sur des biodéchets collectés séparément : à Lilles, Calais et en Martinique. 4 fonctionnent sur des OM après un tri mécanique (TMB) : à Amiens, Varennes-Jarcy, l'usine Amétyst à Montpellier et l'usine de Cavigny dans la Manche (pour laquelle aucune donnée n'est disponible). 6 autres projets ont déjà été validés (5 avec TMB).

Alors pour la "première en France", M. Sourd va devoir réactualiser ses données et arrêter de prendre ses interlocuteurs pour des idiots.

Ensuite, il existe une différence essentielle entre les objectifs poursuivis par la méthanisation des OM après TMB en France et en Allemagne. En Allemagne, ce traitement ne vise qu'à prétraiter les OM (respecter les critères d'acceptation des déchets en décharge et donc bannir les fermentescibles) avant de les enfouir en CSDU ou de les bruler en incinérateur. En France, le but recherché n'est pas du tout le même, puisqu'on recherche avant tout la valorisation organique (production de compost).

Si cette technologie est effectivement encore peu développée en France, il y a des explications.  Nous verrons aussi les limites du traitement TMB (presse extrudeuse). Nous serons alors très loin du processus écologiquement et économiquement "parfait" décrit par M. Bruno Sourd, ex-sous-préfet de Montbard en Côte d'Or, actuellement VRP de luxe de l'entreprise Villers Services. 

 

Extrait du rapport :

Au sein des traitements biologiques, le compostage est le plus courant (environ 95 % des opérations de traitement biologique).

On ne recensait en 2006, dans l'Union européenne, que 124 installations spécialisées de traitement des biodéchets et/ou des déchets municipaux par digestion anaérobie, y compris des installations de traitement biomécanique. On rappellera que la méthanisation s'est d'abord développée sur des déchets humides et homogènes : les boues puis les effluents d'élevages et industriels. En 1988, la création de l'usine d'Amiens de méthanisation sur ordures ménagères a constitué une première mondiale à l'échelle industrielle, dont la difficile mise au point a longtemps laissé, en France, une image négative de cette technologie. Depuis, la filière a poursuivi son développement sur des biodéchets, principalement en Europe du Nord. Ce n'est que depuis quelques années qu'est réapparue la méthanisation sur ordures ménagères après tri mécanique, visant un traitement avant enfouissement (pour quelques installations en Allemagne) ou une valorisation organique (Espagne et France principalement).


On retrouve sensiblement la même proportion méthanisation / compostage en France. Le nombre d'installations de compostage en fonctionnement est évalué à 800, avec une capacité de traitement comprise entre 1000 t/an et 100 000 t/an. Chaque année, 5,5 à 6 millions de tonnes (Mt) de déchets sont traitées par ce procédé et transformées en environ 1,8 Mt de compost. Le compostage est marqué, depuis quelques années, par une croissance importante, liée :

- à la hausse du compostage des déchets verts reçus en déchèteries ;

- au développement du co-compostage (en mélange de boues de station de traitement des eaux résiduaires avec des déchets verts) ou du compostage de boues.

En dehors de l'épuration d'effluents industriels et du traitement des boues d'épuration, la méthanisation reste pour l'instant peu présente en France, puisqu'on compte sept unités de méthanisation de déchets ménagers en fonctionnement. Trois fonctionnent sur biodéchets collectés séparément :

- le CVO de Lille : 80 000 tonnes de biodéchets;

- le CVO de Calais (2009) : 23 049 tonnes dont 20 787 de biodéchets ;

- l'usine Le Robert située en Martinique.

Quatre fonctionnent uniquement ou majoritairement sur ordures ménagères résiduelles triées mécaniquement :

- l'usine d'Amiens (1990) : 86 700 tonnes dont 1 200 de biodéchets et 11 000 de déchets verts ;

- l'usine de Varennes-Jarcy (2002) : 66 585 tonnes dont 14 143 de biodéchets et 4 920 de déchets verts ;

- l'usine AMETYST de Montpellier (2008) : 130 800 tonnes dont 5 000 de biodéchets traités sur une ligne distincte ;

- l'usine « Point fort environnement » de Cavigny dans la Manche (2009) pour laquelle aucune donnée n'est disponible si ce n'est la capacité théorique (72 000 tonnes donc 12 000 de déchets verts).

On compte en France, s’agissant du TMB, une quarantaine de projets de création de sites et une vingtaine de projets de transformation de sites existants de compostage sur ordures ménagères d’ici 2012, ce qui représente environ 3 Mt de déchets par an.

La méthanisation connaît notamment, sous l'effet des prescriptions du Grenelle de l'environnement et de l'impulsion donnée par les pouvoirs publics, un regain d'intérêt dont atteste le nombre de projets. D'ici 2015, le nombre d'installations sera porté à environ 25, traitant 2 Mt d'ordures ménagères, essentiellement résiduelles. Le développement le plus important devrait s'effectuer sur les déchets agricoles (139 projets recensés fin 2008), qui n'entrent pas dans l'objet de la mission.

Les projets dont le marché de construction a été attribué concernent :

- le biopôle d'Angers Loire Métropole : 93 000 tonnes d'OMR dont 3 000 de déchets verts ;

- l'usine OVADE dans l'Ain : 90 000 tonnes d'OMR ;

- l'unité de Romainville : 322 500 tonnes d'OMR ;

- l'ECOPOLE du Prat, à Vannes : 54 500 tonnes dont 1 500 de déchets verts ;

- l'usine de Fos-sur-Mer : 106 000 tonnes de fraction fermentescible issue d'OMR et 4 000 tonnes de biodéchets ;

- l'usine de Forbach : 5 000 tonnes de déchets verts et 37 000 tonnes de biodéchets.

On relèvera qu'à l'exception de ce dernier, les autres projets sont des usines de TMB sur OMR.

La tendance à la hausse observée au niveau européen s'explique principalement par la volonté de réduire, conformément à la directive précitée de 1999, les quantités de déchets fermentescibles reçues dans les installations de stockage et non par celle de produire un compost destiné à retourner au sol. En ce sens, les objectifs visés par les TMB dans les autres pays européens sont généralement différents de ceux poursuivis en France, comme le montre le tableau qui suit. Le TMB est largement utilisé en Europe comme prétraitement pour respecter les critères d'acceptation des déchets en décharge ou pour améliorer le pouvoir calorifique des incinérateurs.

Il existe donc une spécificité française consistant à utiliser le TMB pour produire un compost destiné à retourner au sol, fondée sur l'importance des terres agricoles et la nécessité de produire des amendements organiques. Comme le relève l'ADEME, « compte tenu de cet objectif spécifique de retour aux sols, le choix de recourir au TMB en France ne peut être comparé avec la situation rencontrée dans la plupart des pays européens ».


Votre rapporteur estime en conséquence qu’il convient d’étudier la pertinence du choix de cet outil au regard de cet objectif. Si l’importance de l’apport d’une matière organique de qualité dans un contexte d’appauvrissement des sols justifie de chercher les moyens de détourner vers le traitement le plus adapté la fraction fermentescible des déchets ménagers, il faut analyser dans quelles conditions le TMB peut effectivement permettre ce retour au sol."

A suivre, ...

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