Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Association ACCID

ACCID est une association loi 1901 qui a pour but de s'opposer à l'implantation d'un Centre de Stockage de Déchets Ultimes ou à tout autre type de décharge ou de stockages contrôlés

Méthanisation sur OMR : Cachotteries et performances en question (Environnement et Technique - Décembre 2009)

Il est difficile de faire un bilan précis des usines de méthanisation sur OMR car plusieurs acteurs (industriel, collectivités) mentent ou dissimulent une partie des données. Sur le plan technico-économique et environnemental, le procédé paraît n’avoir d’intérêt qu’à certaines conditions, pas toujours remplies sur les usines actuelles.  

par Olivier GUICHARDAZ

La méthanisation des ordures ménagères résiduelles présente-t-elle un intérêt sur le plan technico-économique et/ou environnemental ? A voir ce qui se passe dans deux usines de métropole en fonction depuis plusieurs mois — Varennes-Jarcy, dans l’Essonne, qui tourne depuis 2003, et Montpellier, qui a été inaugurée durant l’été 2008 et qui est encore en phase de mise en service —, on peut au moins se poser la question (1).

La première difficulté est d’avoir des données fiables sur ces usines et leurs résultats. En effet, certains acteurs (Urbaser, le Sivom de l’Yerres et des Sénarts, et sur un point particulier Montpellier Agglomération) sont loin de jouer le jeu de la transparence. Rétention d’informations, mensonges délibérés ou par omission, refus de répondre aux questions ou réponses biaisées… : nous avons rarement rencontré, dans la réalisation d’un dossier technique, un tel florilège d’obstacles.

Il faut dire que les enjeux commerciaux sont importants. Face au refus des populations de voir s’installer près de chez elles des usines d’incinération ou des décharges, les élus se sont massivement tournés vers la méthanisation comme si c’était LA solution. Les projets sont donc nombreux, à des stades plus ou moins avancés. Les constructeurs jouent gros.

article methanisationDu côté des collectivités (en tout cas des deux que nous avons interrogées), les réticences à une information claire et sincère sont un peu plus difficiles à expliquer. Il y a probablement, entre autres, la peur d’expliquer aux administrés que LA solution miracle — et souvent présentée comme telle — ne marche pas aussi bien qu’on l’avait cru, et qu’on l’avait fait croire. Mais ce n’est probablement qu’une explication parmi d’autres. Dans au moins un cas (Varennes-Jarcy), on peut s’étonner de la relative passivité de la collectivité délégante (le Sivom de l’Yerres et des Sénarts) à l’égard de son délégataire (Urbasys, filiale d’Urbaser). Le Sivom laisse en effet Urbasys diffuser des informations erronées, faisant croire à des performances fictives, alors que l’intérêt du syndicat et celui de ses contribuables serait plutôt de demander de meilleures performances réelles. Le Sivom n’ayant, comme Urbaser, pas répondu à nos questions, nous ne pouvons faire état de son explication sur ce point (comme sur d’autres).

Une fois les obstacles à l’enquête franchis (autant que possible…), reste le fond du problème : est-il intéressant de méthaniser des OMR ? La réponse est un peu plus complexe que la question et demande une analyse un peu détaillée des situations.

Nous avons examiné le problème principalement sous l’angle de l’énergie, qui distingue en particulier la méthanisation sur OMR du compostage sur OMR. Sans prétendre apporter sur ce point un jugement définitif, nous versons au débat les éléments que nous avons recueillis et l’analyse que nous en faisons.

Un moyen de produire de l’électricité ?

Une usine de méthanisation d’OMR produit-elle plus d’énergie qu’elle n’en consomme, en particulier si le biogaz est transformé essentiellement en électricité vendue au réseau EDF (le reste servant à chauffer les digesteurs).
A Varennes-Jarcy, la quantité d’électricité vendue à EDF en 2008 a été comprise, selon nos estimations, entre 2,245 et 2,95 millions de kWh (voir encadré page précédente).

La même année, la consommation de l’usine a quant à elle été, toujours selon nos estimations, comprise entre 3,227 et 4,453 millions de kWh. C’est-à-dire que quels que soient les chiffres retenus, l’usine a consommé plus d’électricité qu’elle n’en a produit (de 10 % à presque 100 %, selon les estimations). En 2006, l’usine n’a pas vendu un seul kWh à EDF. En 2007, elle a vendu entre 176 000 et 232 000 kWh, selon les hypothèses de calcul retenues, c’est-à-dire plus de 10 fois moins qu’en 2008.
Pour un procédé qui a été vendu, à Varennes-Jarcy comme ailleurs en France, comme un « moyen de production d’énergie renouvelable », le compte n’y est manifestement pas…

A Montpellier, selon les derniers chiffres communiqués par l’agglomération pour le mois d’octobre 2009, l’usine a produit 1,1 million de kWh. Vinci Environnement confirme, en précisant que la situation va en s’améliorant, la production tendant vers 300 000 kWh/ semaine. Toujours selon Vinci Environnement, la consommation est comprise entre 196 000 et 230 000 kWh/ semaine. Ainsi, la production est supérieure à la consommation. Cela dit, il faudra probablement attendre encore quelques mois pour voir si ces résultats se confirment sur la durée.

Difficultés techniques

Pour chacun de ces deux sites, il y a des explications à cette situation.
A Varennes-Jarcy, deux des trois digesteurs sont toujours hors service : l’un est bouché et l’autre partiellement cassé (ou du moins le voile de béton situé à l’intérieur). L’un des deux doit théoriquement redémarrer « d’ici peu », mais cela fait deux ans que c’est annoncé… Du coup, selon la Drire d’Ile-de-France qui suit le dossier, en 2008, seulement 17 201 tonnes ont été méthanisées sur les 66 585 tonnes reçues par l’usine (pour une capacité théorique de 100 000 tonnes), soit 25 % des tonnages entrants. Le reste a été envoyé en décharge (refus de tri : 54 % des entrants) ou composté sans méthanisation (déchets verts, biodéchets mais aussi OMR : 21 % des entrants). Fatalement, la production de biogaz s’en ressent, et celle d’électricité par la même occasion.

varennes electrique
Possibilités de rendement d’usines de méthanisation « théoriques ».
On voit que la consommation électrique de l’usine est un élément déterminant de son « rendement » électrique. Avec un taux de conversion électrique de 35 % (colonnes de gauche), si l’usine consomme 100 kWh/tonne traitée, le « rendement » électrique descend à 135 % (la production excède la consommation de 35 %). Si la consommation est de 120 kWh/tonne entrante, le rendement chute à 112 %.
Un autre facteur qui peut jouer sur la production électrique est le taux de conversion électrique. Meilleur il est, plus le rendement global de l’usine est intéressant. Pour atteindre 38 % de taux de conversion (deux colonnes de droite), il faut généralement un moteur de secours, dont l’investissement est, selon Vinci Environnement, rentabilisé par les kWh supplémentaires gagnés.


A Montpellier, d’une part, tous les tonnages ne sont pas au rendez-vous. En octobre dernier, l’usine a reçu par exemple 10 300 tonnes selon l’agglomération, alors que le rythme mensuel moyen (hors variations saisonnières) devrait être de près de 17 000 tonnes si l’usine tournait à pleine capacité. Toujours selon l’agglomération, l’usine devrait avoir traité 132 000 tonnes en 2009 alors que la capacité nominale est de 200 000 tonnes/an. « L’agglomération a voulu anticiper l’augmentation de la production de déchets sur les 20 prochaines années, liée à l’augmentation de la population », explique-t-on. Mais un fonctionnement en sous-capacité augmente la consommation électrique par tonne traitée (une bonne partie de la consommation n’est en effet pas proportionnelle aux tonnages) et diminue la production de biogaz (moins de tonnes méthanisées).

En outre, l’usine reçoit proportionnellement beaucoup moins de biodéchets collectés sélectivement que prévu (fait constaté dans presque toutes les usines de méthanisation recevant des biodéchets). Or les biodéchets contribuent beaucoup plus à la production de biogaz par tonne entrante que les OMR : une tonne de biodéchets donne en effet environ 900 kg méthanisés, alors qu’une tonne d’OMR donne au mieux 400 kg méthanisées, le reste étant des refus de tri.
Au-delà des problèmes rencontrés sur ces deux sites, reste la question de savoir si les usines de méthanisation sur OMR peuvent, en fonctionnement « normal », produire une quantité nette d’électricité significativement supérieure à leur consommation.

Une présentation synthétique des paramètres de plusieurs usines de méthanisation « théoriques », en fonction de performances possibles, permet de mieux comprendre les données du problème (voir tableau ci-contre).

D’un côté, les lois de la physique et la composition des OMR font que la production de biogaz et donc d’énergie à partir d’OMR semble difficilement pouvoir dépasser les 150 kWh.é/tonne. Selon les paramètres les plus couramment admis, elle semble devoir tourner plutôt autour de 130 ou 140 kWh/ tonne, quand tout va bien.

D’un autre côté, la consommation électrique d’une usine de méthanisation d’OMR, avec pré- et post-traitement mécano-biologique (TMB) pour séparer les indésirables et faire un compost à la norme, semble difficilement pouvoir descendre en dessous de 70 kWh/tonne pour de grosses usines, et de 100 à 110 kWh/tonne pour de petites usines.

A Varennes-Jarcy, la consommation tourne autour de 50 kWh/tonne. Mais il faut préciser que la performance de tri est médiocre : 54 % de refus sur l’ensemble des entrants alors que 21,5 % des entrants sont constitués de biodéchets collectés sélectivement et 7 % de déchets verts, donc avec un tri léger. Par ailleurs, deux digesteurs sur trois sont arrêtés et l’usine tourne au deux tiers de sa capacité, ce qui doit diminuer la consommation par rapport à un fonctionnement nominal.
Dans une usine comme celle de Calais, utilisant le même procédé que celui de Varennes-Jarcy mais traitant uniquement des biodéchets, des déchets verts et des graisses (donc sans TMB et avec un tri très sommaire), la consommation est de 80 kWh/tonne. Elle atteint même 100 kWh/tonne si on prend en compte le broyeur qui fonctionne au fioul (consommation de fioul convertie en kWh).
A Montpellier, la consommation théorique de l’usine est de 70 kWh/tonne à pleine capacité. Compte tenu du fonctionnement actuel en sous-capacité, elle devrait être contractuellement d’environ 100 kWh/tonne. Or selon Vinci, elle atteint 87 kWh/tonne, ce qui est sensiblement mieux, mais reste un peu élevé.

Ces chiffres se comprennent aisément quand on sait que tous les projets de méthanisation sur OMR s’appuient jusqu’à présent sur un passage en tube bioréacteur (dit « BRS ») dont la consommation est déjà de 30 kWh/ tonne. En outre, l’arrêté d’avril 2008 sur le traitement des odeurs oblige à installer des équipements de traitement d’air, fortement consommateurs d’énergie. La norme NFU 44 051 sur le compost impose quant à elle des équipements de tri poussé (cribles, convoyeurs, etc.), eux aussi consommateurs. Enfin, les méthaniseurs consomment eux aussi de l’électricité (pompes, agitateurs mécaniques dans certains cas, etc.).
Ainsi, avec une production d’électricité qui serait de 135 kWh/tonne — valeur que l’on peut considérer comme raisonnable — et une consommation de 90 kWh/tonne, le ratio production/consommation serait de 150 % (50 % d’énergie produite en plus de celle qui est consommée). Si la consommation était de 70 kWh/ tonne, on approcherait de 200 % (deux fois plus d’électricité produite que consommée). Mais sans prétendre que c’est impossible, nous devons préciser que nous ne connaissons aucune usine en fonctionnement sur OMR qui atteigne actuellement ce taux.

Choix


Au bout du compte, au-delà des questions purement énergétiques, un choix se présente au décideur, avec en particulier des paramètres économiques et environnementaux.

Pour certains spécialistes comme Bernard Morvan, du Cemagref, compte tenu des surcoûts de la méthanisation à l’investissement et au fonctionnement (30 % par rapport à un compostage d’OMR selon lui), il est préférable de composter les OMR après TMB sans passer par la méthanisation. Ce serait à la fois plus simple techniquement et moins coûteux, avec plus de facilité pour parvenir à un compost respectant la norme (le tri sur le digestat de méthanisation, très humide, est complexe), voire allant au-delà de la norme. Pour d’autres, la méthanisation permet au moins de minimiser la facture énergétique du TMB tout en permettant ensuite le compostage, ce qui suffirait à justifier le choix de ce procédé. Vinci Environnement considère en outre que la différence de coût d’investissement et de fonctionnement entre le compostage et la méthanisation sur OMR a diminué depuis l’entrée en vigueur de l’arrêté d’avril 2008 qui impose un traitement plus poussé des odeurs, et donc un renchérissement des usines de compostage.

On peut remarquer par ailleurs que le bilan environnemental global serait certainement meilleur dans le cas où le biogaz serait utilisé pour autre chose que la production d’électricité, au rendement médiocre, par exemple s’il était injecté dans le réseau de GDF, ou s’il servait de carburant pour véhicules.

En tout état de cause, et compte tenu des incertitudes qui demeurent, il faudra probablement attendre les bilans détaillés (et vérifiés…) d’autres installations — ou des installations citées, après optimisation — pour se faire une religion sur l’intérêt de la méthanisation des OMR dans le contexte français.

Note :
1. Nous avons délibérément mis à part l’usine d’Amiens, qui fonctionne depuis 1988, car elle produit actuellement un compost qui n’est pas à la norme et doit subir d’importants travaux de modernisation. Il n’était donc pas possible d’avoir, la concernant, des données fiables, réelles, sur un fonctionnement « à la norme ».

Jeu de piste


Trouver les vrais chiffres sur la consommation et la production d’électricité de Varennes-Jarcy demande une certaine opiniâtreté.


Le rapport d’Urbasys à la CLIS (commission locale d’information et de surveillance) pour 2008 ne mentionne à aucun moment la production et la consommation d’électricité de l’usine. Nous avons par ailleurs demandé à maintes reprises au Sivom et à Urbasys de bien vouloir nous indiquer par écrit quels étaient leurs chiffres : en vain.
Il faut donc extrapoler à partir d’autres données présentes dans le rapport à la CLIS. Les plus fiables sont le compte d’exploitation (voir document), qui indique les charges et recettes d’électricité.

Le tarif d’achat de l’électricité pour une usine de méthanisation comme celle de Varennes-Jarcy (puissance installée supérieure à 2 MW) est de 9,5 ct/kWh, plus une prime à l’efficacité énergétique variable de 0 à 3 ct/kWh, soit un prix total compris entre 9,5 et 12,5 ct. Compte tenu de la recette électrique indiquée, la quantité d’électricité vendue par Varennes-Jarcy a dû être comprise entre 2,245 millions de kWh (à 12,5 ct/kWh) et 2,95 millions de kWh (à 9,5 ct/kWh).

varennes
Extrait du compte d’exploitation d’Urbasys, la filiale d’Urbaser qui exploite Varennes-Jarcy. Les sommes sont en  euros. Compte tenu de l’écart entre le prix de vente du kWh à EDF et le prix d’achat du même kWh à EDF, l’usine deVarennes-Jarcy gagne, pour son électricité, plus qu’elle ne dépense. Mais sur le plan strictement énergétique (nombre de kWh produits par rapport à ceux consommés), c’est l’inverse.

Pour les charges, c’est un peu plus compliqué car les tarifs de vente de l’électricité ne sont pas aussi transparents et carrés que ceux d’achat. A Calais, par exemple, l’usine consomme en rythme annuel 1,3 million de kWh, ce qui lui coûte 91 000 euros, soit 6,9 ct/kWh.

Si Varennes-Jarcy se voyait appliquer un tarif moyen identique, elle aurait consommé 3,227 millions de kWh en 2008. Si son tarif moyen d’achat était inférieur (ce qui est possible car sa puissance installée est supérieure), par exemple de 5 ct/kWh, sa consommation s’élèverait à 4,453 millions de kWh. La vérité est probablement quelque part entre ces deux valeurs.
Dans tous les cas, pour la consommation comme pour la production, on est loin des chiffres avancés par Urbaser/Urbasys, diffusés et non contestés par le Sivom.

Des états généraux pour tout savoir


Les 10 et 11 décembre se tiendront à Montpellier les « Cinquièmes états généraux de la méthanisation », organisés par l’association de promotion de la méthanisation Méthéor, présidée par Guy Geoffroy. Lequel est par ailleurs président du Sivom de l’Yerres et des Sénarts, à qui appartient l’usine de Varennes-Jarcy. La première table ronde doit évoquer entre autres le cas de Varennes-Jarcy et celui de Montpellier. Elle est intitulée « La vérité sur les usines de méthanisation ». On frémit…

Mensonges dans l’Essonne…

Que ce soit sur la valorisation du compost ou sur la production et la consommation d’électricité à Varennes-Jarcy, les
représentants d’Urbaser donnent des chiffres variables selon les circonstances. D’après notre enquête, la plupart sont faux.


Le 2 septembre dernier, la secrétaire d’Etat à l’Ecologie Chantal Jouanno visite l’usine de Varennes-Jarcy. Lors du point de presse qui s’ensuit, en présence de médias généralistes nationaux dont TF1 et l’AFP, le PDG d’Urbaser, Claude Saint-Joly, indique que l’usine produit « 4,445 millions de kWh » électriques par an et en consomme pour ses besoins propres « un tiers », soit près de 1,5 million de kWh.

Le 13 octobre, à l’occasion d’un débat public sur l’avenir du centre de traitement d’Ivry-sur-Seine, Bertrand Hyllaire, directeur commercial d’Urbaser, accompagné de Guy Geoffroy, président du Sivom de l’Yerres et des Sénarts, par ailleurs député, président de l’association des Eco-maires et de l’association de promotion de la méthanisation en France Méthéor, annonce une production annuelle d’électricité de « 4,45 millions de kWh ». Interrogé sur le fait de savoir si c’est une production théorique ou réelle, il répond « réelle » mais répond « je ne sais pas » sur l’année considérée. Quant à la consommation, elle représente selon lui « 20 à 25 % » de la production, ce qui ferait de 0,89 à 1,11 million de kWh. Guy Geoffroy ne le démentira sur aucun de ces points.

Dans un document récent de l’association européenne de collectivités locales ACR+, la production électrique indiquée pour Varennes-Jarcy par Urbaser est de 3 millions de kWh, dont « 25 % utilisés en interne », soit 0,75 million de kWh. La vérité n’est dans aucun de ces chiffres (voir "Jeu de piste").

« Prescription préfectorale »


Le rapport officiel d’Urbasys à la CLIS, présenté devant le préfet au printemps 2009, donne une version plus subtile des choses. On y découvre la production de biogaz ou celle d’électricité « par tonne introduite », mais à aucun moment le nombre de « tonnes introduites » n’est précisé, alors qu’il est très inférieur aux tonnes entrantes, mais aussi aux tonnes traitées. En outre, si on retient le nombre de tonnes introduites indiqué après enquête par la Drire, il n’est de toute façon pas cohérent avec le nombre de kWh/tonne introduite indiqué dans le rapport…
Un fonctionnaire de la Drire concède qu’il y a dans ce rapport « des “inexactitudes” (sic) nuisibles à la compréhension des performances de cette installation alors qu'il s’agit d’une prescription préfectorale ». Manière polie de dire que l’exploitant s’est payé la fiole de tout le monde, préfet compris…

On rencontre aussi quelques « inexactitudes » concernant le compost. Le « rapport d’activité » du Sivom, diffusé au grand public sur le site Internet du syndicat, indique qu’il est « écoulé en agriculture » ou donné aux habitants. Lors de la réunion du 13 octobre, Bertrand Hyllaire a indiqué que 12 agriculteurs « assurent l’ensemble de la valorisation de ce compost », puis, un peu plus tard, qu’il était valorisé « majoritairement auprès des propriétés agricoles ».
La vérité est un peu différente : le rapport d’Urbasys à la CLIS indique que le compost est valorisé pour moitié (50,4 % exactement) en « grande culture » et pour moitié (49,6 %) en « revégétalisation en carrière », ce qui n’a rien d’infâmant mais est un peu moins intéressant sur le plan environnemental. Il faut en outre préciser que la « recette compost » pour 2008 est de 0 ?, l’« évacuation » du compost (transport) ayant quant à elle coûté 430 000 euros.

On sourirait de tout cela si l’exemple de Varennes-Jarcy n’avait permis, parmi d’autres éléments, à la méthanisation de se développer de façon importante en France, et à Urbaser d’engranger quelques gros contrats comme celui de Romainville (Syctom de l’agglomération parisienne, 300 000 tonnes d’OMR à méthaniser) ou de Fos-sur-Mer (Marseille Provence Métropole, 110 000 tonnes d’OMR à méthaniser).

… Et mensonges (passés ?) dans l’Hérault


Montpellier Agglomération a tenté de cacher qu’elle a fait incinérer une partie de ses refus de tri à Calce, près de Perpignan. A notre connaissance, le marché avec cet incinérateur reste valable.


Si Montpellier Agglomération et Vinci Environnement semblent avoir joué le jeu de la transparence pour ce qui est des données techniques de l’usine Amétyst, Montpellier Agglomération a quand même tenté de cacher une information importante. Elle a passé l’été dernier, et pour une période d’un an renouvelable deux fois, un marché avec une filiale de Tiru, Cydel, pour incinérer à Calce, près de Perpignan, jusqu’à 30 000 tonnes par an de refus de tri. Distance : plus de 320 km aller-retour par l’autoroute. Coût : près de 74 euros HT/tonne, transport non compris (compter environ 25 euros/tonne en plus).

Dans un premier temps, un porte-parole de l’agglomération nous a indiqué que « l’ensemble des refus est traité sur le territoire de l’agglomération de Montpellier ». Puis on nous a fait savoir qu’effectivement, une partie n’est pas traitée dans l’agglomération, mais uniquement en enfouissement (décharge), et que cela
prendrait fin incessamment. Jusqu’à ce que nous arrivions à mettre la main sur l’avis d’attribution du marché publié au BOAMP… Depuis, pas moyen d’obtenir une explication sur ce gros mensonge, d’autant plus grotesque qu’il est impossible de cacher le résultat d’un appel d’offres public.

Selon nos sources, le transport des déchets de Montpellier jusqu’à Calce a cessé début novembre. Mais le marché est toujours valable. Et entre l’été et début novembre, ce serait environ 15 000 tonnes qui auraient été incinérées à Calce.
Selon des observateurs, l’agglomération aurait voulu cacher qu’elle recourait à l’incinération, ayant fait une bonne partie de la communication concernant l’usine Amétyst sur le thème « zéro dioxine ». Elle aurait aussi voulu pouvoir afficher une totale autonomie du traitement de ses déchets, sans recours à des installations extérieures. C’est un peu raté.
Une chose est sûre : un tel bobard, ajouté à ceux concernant Varennes-Jarcy, n’est pas de nature à crédibiliser la filière, qui n’en mérite pourtant pas tant.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article